02.01.2007

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aller sur le carnet2 (de l'Ile de France)

10.12.2006

Choses du départ

Ici, sur le bateau, du haut du pont, vous suivez le sillage côtier une dernière fois. Un masque en forme d’écran de fumée qui petit à petit s’efface - coups d’estompe - ainsi la route jaune sur la montagne, la route et sa poussière, ainsi le détail des ponts, ainsi l’échancrure des monts, puis la montagne elle-même et finalement tout le bloc de l’île.

Choses de l'éternel retour

Du fond du bleu d’un ciel sali par la chaleur diurne, et juste au-dessus des monts verts et secs, vous voyez naître et s’aggréger en un nuage de fines bandes gazeuses... la masse ainsi formée gonfle et monte un moment dans l’azur avant que de s’y fondre et d’y renaître sous un autre angle et une nouvelle forme... ainsi de suite.

Chose rafraîchissante

Celui qui connaît un point d’ombre sait le secret d’une source.

Chose de la lassitude

Il fait si chaud que vous finissez par prendre les habitudes des jeunes gens et des vieux : s’installer sur les places aux platanes, et rêver à travers les pas - allées et venues - des passant qui bien évidemment passent.

Chose de la chaleur retombée

Le soir... l’été : odeur saisissante des fleurs.

Choses que je vois de ma fenêtre (2)

La statue du héros, son éclairage, sa pose romaine et non-apostolique, les palmiers fatigués par trois semaines de feu intense, les aulnes, les platanes, les réverbères sur l’eau - orange et noir -, les containers attendants sur les quais, le trou du ciel et de la mer - joint sombre sur l’horizon-, et encore ces voix venues des cafés, de la place, ces chants montants malgré le ronronnement habituel et morbide des voitures, véhicules, ces voix qui chantent posant parfois un air de liberté.

Choses qui se passent dans le même temps (2)

Tandis que les enfants séparés en deux groupes : l’un jetant sur les vagues des feux de bengale effondrés, et l’autre - niché à l’extrémité inverse de la minuscule anse - attendant que la peur du bruit lancent les poissons au fond de leurs pièges de casiers ; tandis que les enfants séparés en deux groupes oeuvrent, la mouette en un vol étudié, avec ses ailes à fleur d’eau et quelques savants piqués, la mouette a pêché 4 sardines en deux minutes - lames scintillant en son bec sis exactement entre l’astre du jour et l’eau.

Choses de messidor

Avec ses sermons d’artifices raisonnants, par tout le port et la montagne, avec sa furia de faux pétards cachant de réels fusils, le 14 juillet retrouve sa signification révolutionnaire. Le peuple parle et son verbe est évidemment de feu.

Chose claire et fugitive

L’aube violette aux grandes ombres portées, l’aube un peu fraîche enfin, l’aube qui - comme l’eau à la soif - répond à notre attente, l’aube, l’aube qui advient et meurt.

Choses martiales (2)

Sous l’ancienne et haute prison, transformée pour l’heure en musée d’ailleurs désaffecté, les enfants jouent ardemment avec des armes à feu... le tout dans la touffeur exangue des pins, des cactées et des palmes.

Choses sonores

La ville - si petite qu’elle soit - est l’une des plus bruyantes du monde : roulements de moteurs sans fin, sirènes, départs grondants des ferries, arrivées des voitures ; et encore : passages zézeillants des scooters, pétards, coups des chantiers, sueurs des travailleurs, pas des filles, langueurs des garçons, trompettes des militaires, orages, voirie, crash constant des vagues, musiques, bistrots, accordéons, guitares et voix, voix, voix, voix.

Choses du chemin de guêt

Face à la mer, du haut des jardins en paliers, et le regard porté au point sur l’horizon - accroc - et qui est celui d’un bateau ou plutôt du mât d’un bateau qui lentement s’amenuise et disperse dans la brume étouffée du grand large. Radeau de pierre sous la tonnelle dentelée d’un arbousier sans fruit où les chiens errants errent tout simplement accompagnés des lézards des guêpes et des hommes aux coeurs appelants car perdus.

Choses ennuyeuses

Les orages évitent la ville : le matin en montagne et la nuit sur la mer. La chaleur ne tombe pas.

Chose qui repose

Après les temps de chaleur, assister à l’arrivée du frais zéphyr.

Chose de la divination

Des bancs de poissons pétillants parcourent l’entrée du port. L’ancien gardien de phare à la chemise ouverte dit qu’il craint un grand vent.

Choses en odeur de sainteté (2)

Confrères et enfants de choeur en grande cérémonie : jean et baskets ou chaussures de montagne ou de mer dépassant de toutes les aubes... le soir est trop doux.

Choses contrastées

La langueur luxueuse de ceux des grands bateaux, le calme attentif de ceux des petites barques... et là-haut, les corps de deux oiseaux dont les poids conjugés travaillent au même regard enveloppant d’un seul vol la montagne, le port et toute la vue.

Choses imbriquées (2)

... jusqu’au jardin d’agrément qui pose ses quelques vasques non-humides  mais toujours odorantes sous un agencement  méthodique et factice de pierres et de plans escarpés.

Choses qui s'évaporent (2)

La mer fond il fait si chaud que la mer fond malgré l’air léger qui tente son entrée sur ce théâtre d’aplomb et d’ombre.

Choses imbriquées (1)

Le vent - encore lui - le peu de vent qu’il reste - s’énerve ici dans l’enchevêtrement des étoffes fines et toutes superposées qui gardent la fraîcheur des jeunes-filles.

Choses du grand calme

A deux centimètres du ventilateur : la vieille chez elle endormie sur la chaise. La porte est ouverte, et le vent, bien que fictif et mécanique, soulève en frontière le rideau de l’entrée.

Choses qui s'évaporent (1)

Il fait si chaud qu’au loin la mer égale le ciel et vis versa

Chose de la chanson douce

La langue vernaculaire émaillée des pépites de l’idiome national - et son contraire.

Choses déplacées

Les palmiers - arbres du colon - détonnent définitivement à travers les bouquets d’aulnes à chair rouge et de platanes natifs.

Chose impressioniste

La côque du ferrie - blanche sur le bleu “ mers du sud ” - tremble des intermittences d’une lumière rejetée par les eaux.

Choses en fuite

Les bateaux si grands que lorsqu’ils décalent, en un silence quasi non-perfectible, on pense qu’une partie de la ville - tout simplement et sans heurt - s’arrache. La nave va.

Choses sur le petit mort

Elle dit que son fils avait  des yeux des yeux... deux perles noires... des yeux des yeux qui savaient avant tous qu’ils auraient une vie brève... des yeux des yeux qui serraient une âme dilate perçante persistante et une pensée rapide tel un jet... Elle dit encore que toutes les classes mises en ligne et pleurant, il n’y eut jamais de plus belles funérailles sur l’île... Elle dit aussi que pendant deux années, plantée sur le pas de la porte et attendant, elle l’appelait lui, lui qui ne pouvait plus, d’un nuage de poussière brûlant ses talons, advenir.

choses cruelles (2)

Aidés de minces épuisettes, les enfants sculptent une pyramide de méduses : bûcher transparent et muet qui fond en une journée.

choses en odeur de sainteté (1)

On a promené tout ce soir la statue du grand saint, puis les hommes aux épaules larges et meurtries l’ont levée à bout de bras afin qu’elle voit la mer, la vaste mer pour la bénir... et sur la place, les chants latins et rudes montent en voix de tête parmi les odeurs de savon, de crème et d’eau de Cologne que la foule - lavée de la chaleur du jour - transmet.

29.05.2006

Choses interdites

Il y a des feux cachés dans l’historique jardin fermé – car c’est la nuit – et une fumée qui déjà monte – claire – dans le verts sombre des cactus et des pins.

Choses contrastées

Les maisons étouffent la violence : un crime et une chanson.

Choses littéraires

Théâtre de Goldoni, théâtre de Pirandello ou encore, par d’autres fois, théâtre de Sciascia : voilà le décor.

 

Choses de la petite ville 1

Sur la place – vieilles histoires – les adolescents couverts de fleurs de guitares et de fontaines.

 

Choses de la petite ville 2

Disgrâce des noblesses déchues dont tous les enfants s’accommodent

Chose studieuse

J’apprends l’ennui enfin l’ennui rongeur des îles.

Chpses blanches

Plus assis que les pierres plus profondément enfoncée que la brume : les icebergs silencieux des ferries.

Chose à dire 2

Votre cœur parfois : pesanteur du rocher.

 

Chose à dire 1

Votre cœur parfois : légèreté du bois flotté.

Chose drôle

Devant vous alors face à la mer il n’y a rien. Flots gris. Ciel gris. A perte de vue. Le vieux pose finalement ses jumelles pour lire une revue.

 

Choses en médiation

Se hisser jusqu’au repère des lézards d’émeraude et voir – éclipses partielles – les jeux des colombes délavées qui volent plus haut juste entre le soleil et vous.

Choses qu'on ne croira pas

Sur la petite plage chaque cailloux est posé comme un nom sur une tête de baptême.

Choses graves

Fusils ou longs couteaux, les vivants revendiquent leurs morts en les vengeant.

Choses qui bougent

Sous l’effet des rouleaux déterminés : les galets rouges verts mauves gris noirs et blancs en perpétuel agencement.

Choses qui flottent

Comme le calme incontestable se substitue au travail ardent, le temps sur l’île change très vite : tempêtes et bonaces et tempêtes… Il est vrai que nous sommes ici plantés au beau milieu des flots, et que ce que l’on appelle la terre n'est pour lors que le plancher parfumé et chaud d’un bateau, embarcation frêle et vouée à la précarité et à l’urgence.

Choses magiques

Le vent sur la mer fait des merveilles en des tourbillons flammèchés où l’eau se transforme en fumée, en brumisations blanches que le soleil – arc en ciel – irise, le tout pendant que les parfums des montagnes – fleurs jaunes ou blanches ou rouges, et encore agrumes, cerisiers ou figuiers – courent parmi la ville.

Chose rapide et qui encore éclairent

Au bout de la route : le citronnier.

 

Choses rapides

A deux pas du tribunal et en quelques minutes : chemin pierreux de campagne jaugé par un lumineux vaporeux silencieux odorant nuage de mimosas

Choses qui pleurent

A l’embarcadère des grands bateaux, le temps d’un cigarillos, le phare brille en hauteur, les travailleurs des quais passent, lestés de leurs sandwichs, c’est midi, la cloche sonne sur la mer, Notre Dame de la Route disent-ils, les amoureux derrière moi se noient dans une dispute, le ferries un instant prise de guerre des marins de l’automne, attend, ventre ouvert, que les hommes le charge et le délivre, je les entends qui parlent haut, je veux dormir avec toi dit-elle, ses pleurs plus forts que le soleil et les montagnes là-bas qui n’arrivent pas à faire lever  la brume, ses cris encore face au garçon – je l’ai vu tout à l’heure – au visage très rouge et qui sourit tout le temps, je t’aime je t’aime, arrête, pendant qu’il siffle voter chien pour jouer avec lui, cris des animaux puis de nouveau le repos, étourneaux muets qui ce soir rempliront le ciel de mouvement groupés et fascinants, exactement fascinants, l’ombre fraîchit puis fait front, passage des nuages levés par un air décidé, sa voix à lui alors alors arrive à la sortie des voile, il en est qui pleurent et d’autres qui heurtent du pied nu les ponts de bois encore tout chaud, arrête, arrête dit-elle en litanie, la route indifférente comme ses rires à lui aussi décidés que l’air du ciel et aussi fascinants et groupés que le vol, le précieux vol des étourneaux… Scintillements sur la plage très loin où personne n’ira aujourd’hui, laisse-moi je t’en prie…

Choses d'un autre âge

On la fait dormir avec la jeune institutrice afin que cette dernière ne s’ennuie pas. Elle a 15 ans. L’autre prie chaque soir à genoux pendant que des poètes lui font la sérénade…. La voix s’arrête. Respire. Ah ! Voilà la vie qu’on a fait. Elle est passée. Voilà les fêtes que nous avons données. Elles sont mortes.

Choses lues à la capitainerie (2)

Le soleil domine en montagne et en plaine. Le long de la bordure côtière orientale, quelques passages nuageux en mi-journée n’arrivent pas à altérer l’impression de beau temps.

Choses martiales

La veuve noire et le jeune militaire, la croix et les fers, aux deuils, aux triomphes, aux espoirs de la patrie est-il écrit, le tout figé en rocher au milieu de la grand place.

Chose frappante

Cette roche mate jaillie des strass et des eaux.

Choses dont le nom est perdu

L’eau si pure qu’elle lave organes et viscères. Le sel de l’air embaume les vivants comme les morts. Transparaît alors quelque chose de l’éternelle vivacité.

11.02.2006

Choses cachées

Les fils engagés font campagne loin du cœur des mères et en secret. Liban. Rwanda. Tchad. La moitié de la classe revient. Les familles montent les croix.

 

Choses de l’île (2)

Les vieux ont tous connu des abbés faiseurs de cornes, des prêtres à revolver, des maquereaux glorieux faiseurs d’élus, des fonctionnaires véreux, des militaires mythiques, des enfants suppliciés, des veuves éternelles, des avocats canoniques, des folles coureuses de collines, des chiens abandonnés, des vengeances effroyables, des bateaux sous contrainte, des maisons effondrées, des femmes fuyant une valise d’argent sous le bras, des marins en colère, des passants arrêtés, des canicules et des neiges, des pêches miraculeuses, des dauphins éventrés, des invasions d’oiseaux, des levées de méduses… Mais aucun pour raconter ce qu’il ou elle sait ou a su des forces indépendantes et vives qui par le maquis couvent et courent.

Choses sans réponse

Sont-ce des frênes gardiens de séisme. Sont-ce des aulnes au bois de sang. Sont-ce les fils de Cronos. Sont-ce les frères de Poséïdon. Tiennent-ils les morts ou le javelot d’Achille. Repoussent-ils les serpents ou le feu des maisons. Attirent-ils la foudre ou la sagesse.

Sur la place : les arbres gris comme des fantômes.

 

Choses sorties des cendres

C’est un pays où courent toutes sortes de fumées. Venues du ciel, ou sorties des eaux, ou montées des terres et se mêlant les unes aux autres en des brouillards ponctuels et évolutifs. C’est un pays où la part de l’homme est petite.

 

Choses qu’on mesure

De la grande batterie des vagues. De leur poids résultant du calcul particulier de la vitesse et de la force propulsive et violente du vent. De son poids à lui maintenant lié particulièrement à l’eau et à son bruit qui de la même façon s’engendre et se calcule ou pourrait se calculer. Etc.

Choses nuancées

Sur son promontoire de roches sèches, la ville en montées ocres, jaunes et roses, elles-mêmes surplombées de la large couche ardoise du ciel.

Choses sentimentales

Bien campé sur la plage il dit qu’il a connu tous les pays, couru toutes les mers, été hébergé longtemps au frais de la République, pillé des banques, battu sa femme, abreuvé des pauvres, déchiré ses papiers, déjoué éboulements et noyades, pris les herbes qui rendent invisible et fou, bu le rhum de toutes les îles, fréquenté toutes les filles de famille – Une saison en enfer ?? – puis il tend, pour vous la donner, une petite pierre en forme de cœur.

Choses sourdes

Les îles ont fondu. Le monde a fondu. Le soleil monte encore sur les crans d’une eau d’un bleu turquin et calme. Et de cet élément qui n’est désormais plus qu’un souffle, naissent des barques avec ou sans moteur, et le passage des ferries que les lointains rendent silencieux.

Choses au détour

Tout à coup quatre iris sous le grand pin.

Choses dans le marbre

Vous prenez la sainte pente. La vache est morte dans un creux du chemin. Au bout du dallage envahi d’herbes sèches : le lieu divin. Le son de la télévision transperce les pierres. La porte est ouverte sur une nef au cœur de laquelle se tient l’escalier de bois sculpté qui est lui-même objet du culte. Sur le porche on peut lire : « 1860. Cet oratoire édifié au XVIème siècle détruit en 1761 par les génois fut rebâti au siècle dernier à la suite d’une apparition de la vierge Marie par Don Lorenzo Luciana gravement endommagé pendant la guerre 1939-1945 il a été entièrement restauré en 1977 par la municipalité ».

07.12.2005

Choses qui émergent (pour un ami Suisse)

Les lumières des maisons dans la montagne : Etoiles d'un ciel minéral et très sombre... nativité et crêche... l'esprit sort de la nuit...

06.12.2005

Choses enmêlées

Une pointe rosée dans la mare gris-profond d'un ciel que finit le panache de l'usine à la frange des terres.

05.12.2005

Choses qui changent

Plus blanches et plus rousses - les montagnes - les montagnes et cette interpellation tant lancinante que âpre.

Choses sur le soleil

Douches bleutées sur la mer noire.

04.12.2005

Choses qui bougent

l'écume prise - neige reposée dans le crissement des pierres -, le chien qui court et hurle, le bruit constatnt qui appelle contradictoirement au calme, les algues qui volent, l'éclatement des embruns dans les airs.

03.12.2005

Choses du monde simple (2)

Le vent et la mer parlent.

02.12.2005

Choses qui se passent en même temps

Le ciel qui mange soleil et montagne, la lumière qui monte alors étrangement nette et heureusement blanche, l'eau qui ronge et envahit et ronge inlassablement les pierres, le port qui tient, la pluie qui hésite à venir, les mouettes qui chauffent les petites crêtes, les enfants qui heureusement et inlassablement pêchent du vide, l'homme qui comme quotidiennement promène le chien du bar du nouveau port à l'antique, le bruit frappeur, le bruit berceur, le bruit qui inlassablement, heureusement, quotidiennement tape - l'âme, les pierres, les enfants, le ciel et l'eau -, le vent qui lève et frotte, les vagues qui brillent et évoluent étrangement, heureusement, incessament, les pigeons qui quêtent la chair et le sang, le jaune qui gagne vers la mer, la brume qui marque la ville de son sceau éphémère, le froid qui vient, la chaleur qui perdure heureusement, quotidiennement... 

01.12.2005

Choses du monde simple

Ciel clair, mer grosse, lune pleine.

Chose rose

La petite île battue par les poings de l'aurore

30.11.2005

Choses de la tempête

Les dalles pétillent et chuintent en geysers... A l'abri, sur la berge du port et dans la niche creusée en assise au coeur de la jetée, le chien grogne après ces bêtes blanches courant dans l'affût de la nuit : les vagues de grande houle.

28.11.2005

Choses bruyantes

Des rampes encensées de cristal et de quartz éclatent sur la cascade subaquatique et engloutie des galets

10.11.2005

Chose tragique

L'impossibilité de tout inventorier.

09.11.2005

Choses dites par un pêcheur expérimenté

Au port, des miriades de petits poissons sautent d'un coup hors de l'eau - nuée de lames fraîches et de corps fins - et l'enfant nous explique que les sardines s'évadent ainsi devant les gueules des grands mulets.

08.11.2005

Choses qui se confondent

Le marquage en surface des chemins de la mer, mêlés ce soir à celui des chemins tout célestes, montent ensemble à l'étoile, celle-là qui tout le temps est rose.

07.11.2005

Choses irréelles

La large fumée - venue de feux d'hommes élagueurs et têtus - passe, blanche, devant la citadelle, et, plus loin encore, tire sur le panorama des jardins étagés jusqu'à la plateforme du pin ; alors quand le voilier vient à flotter - à contre-sens et lent - arrive la vision arrêtée. 

06.11.2005

Choses qui feront partie du trésor

Hier sur la montagne j'ai trouvé un jardin, de grosses clémentines et un cimetière fleuri à flanc de colline.

05.11.2005

Chose cachée

Celui qui sait, devine une île au loin sous cet amas de mousses blanches et bleues qui prennent et s'épaississent.

04.11.2005

Choses qui tiennent en arrêt

Ce jour résolument tourné vers la mer - tant la montagne et elle agissent continuellement en aimants opposés, masses appelantes auxquelles on cède alternativement - cette grande beauté, espace ouvert, sans rien en amont ni aval, aire plane et jamais uniforme, adjonction apparemment infinie de tuiles liquides comme partant de vous et s'en allant vers la seule ligne alors visible : celle du ciel, de l'azur, lui aussi apparemment... "ce toit tranquille où marchent des colombes"...

03.11.2005

Choses sur le monde inversé (autre soir)

Ciel clair, nuit noire, le mauvais temps vient des montagnes, l’eau du port reflue… orages panoramiques à éclairs roses menées comme des campagnes sur les îles, les lointaines, les lointaines îles… soupe de mer et de feu… bateaux perdus pas plus grands que les étoiles, etc

Choses inquiètantes

Sur la route des crêtes, les chiens par centaines hurlent dans une tempête ascendante.

02.11.2005

Choses qui se font écho

Vue du chemin de ronde et en ce jour pluvieux où elle cuit en vapeurs jusqu’à sa pointe balnéaire, la ville nouvelle : Petite Londres post-parnassienne et maritime.

 

01.11.2005

Choses menacantes

Entre le danger parfait et le calme extrême, la houle monte avec le gris du ciel encore, viennent aussi, et bien évidemment, les nues opaques et les brousses sombres, les herbes en combustion et, ce bruit, de plus en plus violent, ce battement bref, cet opus de lames, de chocs, etc.

31.10.2005

Choses sur un retour

Le vieux rentre au port avec un seul poisson, fumée poussive et blanche sur son moteur, la mer est verte tant sa barque est bleue.

 

Choses qui bougent

Les taches de couleurs des vêtements des enfants sur le grège et le gris des rochers – eux artificiellement posés par mains d’hommes pour faire abri et anse – leurs jeux répétitifs… ils veulent pêcher de petits poissons ou des crabes verts que personne ne mangera…  jets de pétards … tous lèvent vers un nouveau coin peut-être plus fructueux… et ainsi de suite sur tout le dimanche et dans toute l’île…

30.10.2005

Choses pour un mort inconnu

Mots lus sur la rambarde et sur la porte du phare au bout d’un des môles :

« je t’aime – Ahmed. L. – Dieu laisse-nous les gens qu’on aime – gravé dans la roche pour toujours – pour Nordine – tu es parti sans même que l’on puisse te dire au-revoir – au fond de nos cœurs il reste encore un espoir pour Nordine – pense à nous comme nous on pense à toi – Youness – REP – Djalal – je t’aime – un frère comme toi y’en a 1 –

Naïf

Original

Regret

Danseur de hip-hop

Inoubliable

Négociable

Excellent

- tu étais unique pour la vie et la mort – on t’aime – tu es le seul à nous avoir compris le seul à nous avoir aimés – en ta mémoire pour la vie – Nordine – on ira tous au paradis avec toi la question est posée – une semaine que tu es parti ».

29.10.2005

Chose personnelle

J’ai acheté un stylo d’enfant avec une encre dite « bleue-des-mer-du-sud » et dans la position du pêcheur j’écris.